Imprévisible destinée d’un livre : courrier des lecteurs de Silences en forêt

Cette histoire en six chapitres commence le 29 janvier 2021. Ce jour-là, j’avais envoyé un carton de 10 livres à la Station-Service-Total-Tabac-Journaux de Sabres dans les Landes. Je me rappelais qu’entre le rayon accessoires-auto et la vitrine eau-minérale-sandwich, se trouvait un minuscule « coin librairie ». Mais je ne me doutais pas de ce qui allait suivre… Du 7 mars au 25 avril, ce sont cinq lecteurs extrêmement compétents qui vont lire « Silences en Forêt »  et m’en faire des comptes rendus de spécialistes.

1 Une panne qui ne pouvait mieux tomber…

Menacé de panne sèche, Francis Dupuy, professeur d’anthropologie à l’Université Jean-Jaurès Toulouse-2, arrête son véhicule à la Station-Total de Sabres. Il y découvre « Silences en Forêt ». Il l’achète, en parle aussitôt à son ami Guy Latry, Docteur en culture occitane (qui cherchait ce livre depuis longtemps). Guy Latry recommande l’ouvrage à trois de ses amis ; Jacqueline Nalis, spécialiste de la société de l’Ancienne Lande ;  Jacqueline Ursch, ethnologue, Directrice des archives départementales des Alpes de Haute-Provence ; François Pic professeur d’occitan à l’Université de Toulouse… A ce jour, 27 avril,  j’attends le retour de ce dernier. Il n’est pas certain que le bouche à oreille s’arrête là, m’a prédit ma sœur.

2 Quand Francis Dupuy réapparaît dans ma vie

7 mars 2021. « Madame, je viens à l’instant d’achever la lecture de « Silences en forêt ». Je l’ai acheté dernièrement à la station-tabac de Sabres (ou de Saint-Lou, si vous préférez). […] La lecture a fait remonter à ma mémoire l’entreprise qui était la vôtre, je me suis rappelé vous avoir reçues, vous et votre sœur, chez moi à Luglon, j’ai retrouvé un courrier de vous (non daté)… Cette entreprise, vous l’avez donc menée à son terme ; et, je dois le dire, magnifiquement. Votre livre allie la sensibilité et la force d’une rare manière, dans la juste mesure de la délicatesse qui en dit assez pour que ceux qui connaissent s’y reconnaissent, mais pas trop pour ne pas tomber dans la dénonciation. Vous avez toujours su éviter le pathos dans lequel verse trop souvent une écriture aussi personnelle. Le dernier chapitre, notamment, celui consacré à Victor D., est stupéfiant de vérité et d’authenticité. Je vous espère en bonne santé, et vous imagine à jamais transformée par votre quête. » Francis Dupuy

Je réponds le même jour : « Cher Monsieur, quelle belle surprise que votre message. Oui, j’ai essayé, par l’écriture, de faire vivre un être dont je n’avais jamais entendu parler avant la mort de mon père. J’ai tenté d’analyser le rôle de son milieu familial et social sur son caractère, ses choix de vie, ses valeurs.  Sachez aussi que je distribue moi-même mon livre car les éditions Bellier (auxquelles j’ai eu le tort de m’adresser) n’ont fait aucun travail de promotion … »  M-F Clerc 

3 « Je déguste votre livre, partie par partie… »

Ce même jour, 7 mars, GUY LATRY, me contacte : « Je vous ai commandé votre livre que mon collègue Francis Dupuy m’a vivement recommandé et que je ne trouvais sur aucun site de librairie ! ». Les jours suivants, il  le « déguste partie par partie », et il ajoute : « au-delà de l’enquête palpitante et si touchante,  c’est un plaisir  de lecture, j’ai adoré votre évocation du trajet de Bordeaux à Dax. Je me suis permis d’envoyer une copie de votre rencontre avec Manciet à une amie à moi, montoise, qui, comme moi, l’a bien connu… »  Le 13 avril, je reçois cet impressionnant compte-rendu de lecture… 

« Publié presque confidentiellement en 2018, Silences en forêt. Un enfant de la guerre trouve son point de départ dans la Grande Guerre. En septembre 1914, se rencontrent dans un hôpital militaire, quelque part sur le front, Victor D., 35 ans, médecin landais à la moustache conquérante, et Madeleine M., belle infirmière lorraine de 19 ans. Victor D. est un cousin de Félix Arnaudin, à qui il écrit pour évoquer la bataille de la Marne. De la brève idylle entre Victor et Madeleine, naît en juin 1915 un petit Léo-Roger. Mais Victor est déjà reparti, ne répondra pas aux lettres de Madeleine, et ne reconnaîtra jamais l’enfant malgré un procès en paternité intenté par la famille de Madeleine, en 1920, qu’il gagne.

Le livre s’ouvre sur une eustantade (en gascon dans le texte) particulièrement poignante : la visite que Léo-Roger rend à son père présumé en juillet 1962. Il ne lui demande rien, sinon les lettres de sa mère. En vain. La suite, c’est l’enquête que mènent pendant plusieurs années, en mémoire de leur père, la narratrice et sa sœur à « St-Lou-des-Landes », un chef-lieu de canton au cœur du Parc Naturel Régional, où Victor a exercé comme médecin de 1906 à 1947 et où il est mort en 1971, notable entre les notables. Beaucoup se souviennent de lui, les uns comme un « médecin des pauvres », les autres comme le père supposé d’autres enfants naturels. On croise ainsi, sous pseudonymes, des figures locales attachantes comme Yvon le berger, Cécile la secrétaire de mairie, et d’autres, membres de la famille de Victor, qui apprécient peu qu’on remue ce passé trouble. Au fil des années, l’enquête s’élargit à des témoins comme Bernard Manciet (plus vrai que nature – on croirait l’entendre), Francis Dupuy, l’auteur du Pin de la discorde ou le docteur Peyresblanques, rencontré au siège de la Société de Borda. Les uns et les autres font entrer nos enquêtrices dans la complexité de la société de la Grande-Lande et le fonctionnement d’une bourgeoisie pratiquant un « malthusianisme organisé » par souci de non-division du patrimoine, au risque de produire des lignées sans descendance de frères célibataires et de vieilles filles arguant d’un « fiancé mort à la guerre ».

Le livre n’en tourne pas pour autant à l’exposé sociologique. Jonglant avec les époques et les personnages, dans une écriture à la fois ferme et sensible, il se lit comme un roman, jusqu’aux derniers chapitres où l’auteur raconte la vie de Léo-Roger, puis imagine celle de Victor. Des pages magnifiques évoquent, en passant, d’un œil neuf, le paysage de la Lande. Au total, au-delà de l’exploration d’un secret de famille, un des livres les plus étonnants parus sur les Landes depuis longtemps. » Guy  Latry

NB : j’ai envoyé ce compte-rendu à la Société de Borda à Dax.

4 « Au lieu de faire la sieste, je vous ai lue en pleurant… »

Le commentaire de Guy Latry ne m’a pas laissée insensible. Émanant d’un Docteur en Études occitanes, coéditeur des œuvres complètes de Félix Arnaudin, (PNRLG, éditions Confluences.8 vol : 1994-2003), ce fut pour moi un honneur ! L’échange qui s’établit quelques jours plus tard avec « l’amie montoise », Jacqueline Nalis, habitant Mont de Marsan devait m’apporter de nouvelles émotions.                                                          

 26 mars. — Chère madame, j’aimerais beaucoup lire votre livre sur les Landes et vos recherches de parentèle. Guy Latry a fini de le lire. Passionnant me dit-il. Comment me le procurer ? J’ai hâte de le recevoir. Surtout après le passage extraordinaire sur Bernard Manciet que Guy Latry m’a communiqué. 

29 mars. — Marie-France, j’ai reçu votre livre, je viens de l’ouvrir […]. Alors au lieu de faire la sieste je vous ai lue en pleurant. Je vous en reparle un peu plus tard. J’ai été guide deux étés à Marquèze. Je vois tout ce que vous écrivez. Et j’admire.  

— Jacqueline, vous m’entraînez de surprise en surprise! Je suis fort touchée de l’écho que mon livre éveille en vous. Peut-être,  pour vraiment l’apprécier comme vous le faites, faut-il être de ce pays landais, si particulier? Vous me parlez de Sabres… mais est-ce que ce nom figure dans mon livre? 

 — Pas la peine d’être d’ici c’est un livre universel dans sa thématique !

— Oui, la douleur  d’un enfant abandonné et l’hypocrisie sociale sont de toutes les époques. 

—  J’en suis au coucou toxique…tant de passages comme cela dans ce livre, je suis aussi surprise que charmée et peinée. C’est un grand livre qui vient de loin et a du fond. Bon je continue.
30 mars 1h51.  — Voilà, j’ai tout lu. Fascinée comme Guy. C’est un livre magnifique et terrible. J’admire cette détermination à enquêter, ce travail d’archives, ces références partout, ces citations si bien placées, ces peintures de la Lande, ces caractères percés à jour et l’implacable exécution. Et aussi la sensibilité de qui sait voir et rendre le malheur des abandonnés.
Le sang des O. qui sait, ceux de l’Orthez de Febus ? C’est bien du Manciet de vous avoir dit cela […] Votre père a dû être très fier de vous et doit l’être là où il est. J’ai adoré la panique que vous avez mise dans Sabres. Sacrée bonne femme, vraiment bravo. Sacrée plume aussi.  Merci pour ces pages incroyables. Je lirais bien l’Ukraine aussi. » Jacqueline Nalis.

Jacqueline a donc acheté « Cinq Zinnias » et « Un possible Voyage ».

5 «  Vous avez bien compris l’esprit landais et leurs préjugés de classe… »

Le 9 avril, m’arrive une nouvelle commande Paypal, émise par Jacqueline Ursch. Son commentaire m’arrive une dizaine de jours plus tard :

21 avril. « Chère Madame, je me suis plongée avec un réel plaisir dans votre livre : une enquête minutieuse, très bien menée et passionnante ; les deux derniers chapitres, construits à partir de toutes ces connaissances acquises sur votre famille, mais écrites comme un roman, ont beaucoup de charme et je les ai appréciés. Donc bravo pour votre courage, pour cette longue enquête où vous n’avez pas baissé les bras ! Mais surtout félicitations pour avoir si bien compris l’esprit landais et leurs préjugés de classe auxquels Félix Arnaudin n’a pu résister.
Et pour terminer mon message, juste une petite précision personnelle : c’est grâce à Félix et à son histoire avec Marie, découverte par le dépôt du « Journal » aux Archives départementales (1984 ?), que j’ai décidé de reprendre mes études, en ethnologie, et que j’ai travaillé sur les servantes landaises, les hemnotes ! Nous avons toujours le projet de revenir en vacances dans les Landes, après la pandémie ; peut-être vous y rencontrerai-je ? Ce serait un plaisir pour moi.
Prenez soin de vous !  Jacqueline URSCH

6 « Je souhaite vivement en acquérir un exemplaire… »

25 avril. « Chère Madame, quant à moi,  j’ai bien reçu votre ouvrage […]. Tout y est captivant, sujet, époque, lieux, personnages évoqués (dont deux me sont personnellement connus : Bernard Manciet et François Lalanne), et très motivants l’écriture, le style, le vocabulaire, les descriptions des paysages, les  analyses des personnes et contextes. Guy Latry en m’en parlant savait bien ce qu’il faisait. Avec mes sentiments choisis » François Pic

7. Où s’est-elle procuré le livre ?

Le 27 mai, je reçois ce message :

« J’ai adoré  « Silences en forêt ».
Toute la lande est là.
Avec ses secrets, sa rudesse, son indéniable beauté qui tend vers la tristesse.
Et cette rencontre avec Manciet… Je vis à Sabres … » 

Signé : Isabelle Loubère.

Qui est-ce ? Où s’est-elle procuré le livre ?

Le 28 mai, le mystère s’éclaircit…

« Pour tout vous dire, je connais très bien Francis Dupuy qui a dit à Guy Latry qu’on trouvait votre livre à la station-service de Sabres…Et Guy m’a vivement recommandé de l’acheter…On connaissait tous Manciet … Je serai ravie de vous rencontrer…Je pense que j’en toucherai deux mots à Anthony de « Caractères » à Mont de Marsan. Bien à vous. Isabelle. » 

Je réponds qu’Anthony de la librairie « Caractères » à Mont de Marsan, dûment averti par Guy Latry,  a déjà reçu en dépôt-vente  les quelques exemplaires que je lui ai envoyés. Le 31 mai, j’appelle mon amie Suzanne Loubère  car mon fils aîné Laurent doit passer à Sabres pour voir la maison de son arrière-grand-père. Suzanne n’est pas parente d’Isabelle mais m’apprend qu’Isabelle est correspondante du journal Sud-Ouest. Y aurait-il là l’opportunité d’un article dans ce journal ? 

À suivre…

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