Bibliographie raisonnée de Cinq Zinnias

Si mon livre est inspiré de la vie de mes grands-parents, il s’appuie sur une documentation variée, ouvrages de fond, articles et analyses, romans ou témoignages divers… Toute histoire individuelle s’inscrit dans une Histoire collective. Cela est encore plus vrai quand l’individu est plongé dans la tourmente révolutionnaire, comme ce fut le cas de mes grands-parents en 1917…

Ces divers documents m’ont permis de découvrir l’histoire de l’Ukraine, particulièrement celle du XX° siècle, de mesurer ce que vécurent mes grands-parents en ces temps troublés et de recréer leur vie en me fondant sur des faits avérés. Connaître cet arrière-plan historique se révèle d’ailleurs indispensable pour comprendre l’Ukraine d’aujourd’hui.

Indispensable !

André SELLIER et Jean SELLIER. Atlas des peuples d’Europe centrale. Ed. La Découverte. 1991. 192 pages. Excellent atlas dont les nombreuses cartes et les textes précis démêlent, de l’Antiquité à nos jours, les fils de l’histoire complexe de l’Europe, cette mosaïque de peuples entre Atlantique et Oural…

Un ouvrage très éclairant…

Alain DESCROCHES. Le problème ukrainien et Simon Petlura. Nouvelles éditions latines. 1962. 220 pages. Très éclairant sur l’histoire de l’Ukraine au début du XX° siècle, cet ouvrage relate la vie et l’œuvre de Symon Petlura, grand patriote ukrainien assassiné à Paris par S. Schwartzbard, un juif fanatique téléguidé par le KGB prétendant avoir vengé ses coreligionnaires tués par le « pogromiste » Petlura. Contrairement à ce que colporta la propagande soviétique, à aucun moment du procès, la preuve formelle (comme l’exige la loi), ne fut fournie de la responsabilité de Symon Petlura dans les troubles pogromistes de la période révolutionnaire.

Qui confond encore Rous’ et Russie ? 

Wolodymyr KOSYK. Le millénaire du christianisme en Ukraine (988, 1988). Université ukrainienne libre, varia n°32b. Publication de l’Est européen. 77 pages. Paris 1987. Des débuts du christianisme dans la Rous’ kiévienne jusqu’à la persécution et la suppression de l’église autocéphale ukrainienne et de l’église gréco-catholique ukrainienne en 1943 et 1945. Des informations toujours fondées sur des documents historiques. Une distinction fondamentale est expliquée p.36 : « Les termes Rous’ et Russie se rapportent à deux états différents, deux réalités historiques différentes, et deux peuples différents. La Rous’ apparut et exista jusqu’au XIV° siècle sur le territoire de l’actuelle Ukraine, elle fut un état européen et appartient à l’histoire du peuple ukrainien. La Moscovie-Russie (Rassia disent les russes), apparut en fait au XIV°siècle sur le territoire de l’actuelle Russie. Elle se forma pendant la domination tataro-mongole sur son territoire qui dura plus de 240 années, et dont elle ne se libéra qu’en 1480. » Un excellent aperçu de l’histoire de l’Ukraine en annexe.

Le mensonge des communistes français…

Nina BERBEROVA, L’Affaire Kravtchenko, Actes Sud 1990. Babel Actes Sud 2009. J’ai choisi la liberté, l’ouvrage du dissident soviétique V.A. Kravtchenko, paraît en France en 1947 avec le même immense succès que dans le reste du monde occidental. L’auteur y dénonce les camps de concentration, l’extermination de millions de paysans ukrainiens par la famine organisée par Staline : un « régime arbitraire de violence ». Peu après, l’hebdomadaire procommuniste Les Lettres françaises accuse Kravtchenko de ne pas être l’auteur et d’avoir été manipulé par les services secrets américains. L’intéressé porte immédiatement plainte pour diffamation. Le procès qui s’ouvre le 24 janvier 1949 tourne vite au procès du régime soviétique dont les communistes refusent de reconnaitre l’existence des camps de concentration en URSS… Kravtchenko gagnera son procès, l’accusation n’ayant rien pu prouver contre lui. On retiendra de ces auditions le témoignage décisif de Margaret Buber-Neumann, communiste allemande qui fit deux ans de Goulag au Kazakhstan puis cinq ans de camp de concentration à Ravensbrück… La jeune journaliste qui couvre les débats pour un journal de l’émigration russe est Nina Berberova.

Voir les choses depuis l’Ukraine…

Léonid PLIOUCHTCH Ukraine : à nous l’Europe ! 1993. Editions du Rocher. 339 pages. Libéré en 1976 après plusieurs années de prison psychiatrique, Léonid Pliouchtch fait partie des dissidents les plus célèbres, ceux dont les révélations ont ouvert les yeux de l’Occident sur le régime soviétique. L’auteur raconte son pays, son histoire, sa culture, il invite le lecteur occidental à voir les choses « depuis l’Ukraine » et, ce faisant, il anticipe ce qui se passe aujourd’hui : l’URSS s’est s’effondrée mais l’Empire russe est toujours là, menaçant. Ce livre prophétique sonne comme un appel à la vigilance.

Autopsie d’un meurtre de masse 1937-1938

Nicolas WERTH. L’Ivrogne et la marchande de fleurs. Autopsie d’un meurtre de masse 1937-1938. Tallandier 2011. Histoire 437. (Ouvrage fondamental pour comprendre ce qui est arrivé à ma famille). Le 30 juillet 1937, Staline appelle à l’élimination secrète des « éléments contre-révolutionnaires » et fixe des quotas d’arrestations et de condamnations à mort ou au Goulag. Aussitôt, l’administration policière réclame des dépassements de quotas. Chacun veut gagner la course au rendement, à Moscou, surtout, où un certain Khrouchtchev se distingue par son zèle, mais aussi à Vinnytsia…

Un ouvrage majeur sur une réalité glaçante…

LETTRES DE KHARKOV. La famine en Ukraine 1932-1933. Préface de Nicolas Werth. Les éditions Noir sur Blanc, 2013. 279 pages. Au début des années trente, le gouvernement fasciste italien met en poste plusieurs diplomates en URSS (Moscou, Batoum, Kharkov…) […], ils font état, dans des rapports réguliers, des évènements terribles de la collectivisation forcée et de la famine appelée Holodomor qui coûtèrent la vie à des millions de personnes… Une réalité glaçante.

Ô combien précieuses vishivankas !

THE TRAGEDY OF VINNYTSIA, Materials on Stalin’s policy of extermination in Ukraine during the great purge 1936-1938. Edited by IHOR KAMENETSKY ukrainian historical association in cooperation with bahriany foundation inc. and ukrainian research and documentation center TORONTO – NEW YORK 1989. Cet ouvrage est consultable sur internet.

Plus de 10 000 ukrainiens furent assassinés par la police soviétique à Vinnytsia en 1937-38. Lors de l’ouverture des fosses par les Allemands en 1941, seules 679 corps purent être formellement identifiées par leurs proches. Ce livre décrit en détail les objets retrouvés sur les 679 cadavres et précise village d’origine, profession, dates d’arrestation et de mort de chaque victime…

La petite histoire d’une sanglante utopie…

Svetlana ALEXIEVITCH. La Fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement, 542 pages. Actes Sud, 2013. Ouvrage essentiel. Tragique et profond. A travers des dizaines de témoignages bouleversants, dégageant la catastrophe qui affleure sous chaque destin singulier, Svetlana Alexievitch raconte la petite histoire d’une sanglante utopie.

Les crimes du communisme en Europe.

Stéphane COURTOIS, Du passé faisons table ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Paris. Robert Laffont, 2002. Paru en novembre 2009, Essai poche. « Le livre noir du communisme », publié en 1997 et traduit dans vingt-cinq pays, a ouvert un large débat international, accompagné d’inévitables polémiques. Aujourd’hui, ce nouvel ouvrage collectif, publié sous la direction de Stéphane Courtois, complète, prolonge et approfondit l’indispensable travail de bilan et d’analyse inauguré voilà quelques années, en se consacrant spécifiquement aux crimes du communisme en Europe.

Russie-Ukraine : de la guerre à la paix ?

Antoine ARJAKOVSKY, interview du 12 juillet 2014 à propos de son livre Russie-Ukraine : de la guerre à la paix ? (Propos recueillis par Pierre Verluise, Directeur du Diploweb.com, revue de géopolitique). Thèmes abordés : pluriculturalisme et binationalité. L’Ukraine et les valeurs européennes. Les relations de Poutine avec l’église orthodoxe. Union eurasiatique/Union européenne. Les idiots utiles de Poutine en Europe. Les divers services secrets en Ukraine. Quel avenir pour l’Ukraine ?

Un grand écrivain ukrainien contemporain 

Andreï KOURKOV. Journal de Maïdan. 284p.Lianna Levi. 2014. Du 21 novembre 2013 jusqu’au 24 avril 2014, Kourkov, qui habite à cinq cents mètres du Maïdan, s’est rendu chaque jour ou presque sur le Maïdan de Kiiv occupé par les manifestants. Ses notes prises sur le vif racontent un quotidien en temps de révolution et livre un regard à la fois politique et intime sur les évènements qui secouent son pays. Les autres livres de Kourkov, des romans (Le Pingouin, Laitier de nuit, Le Jardinier d’Otchakov, etc.), disent de façon humoristique et savoureuse les absurdités ou les injustices de la société ukrainienne et peignent la vie quotidienne des Ukrainiens avec une poésie souvent teintée de fantastique.

De l’art de déjouer la censure soviétique…

Mikhaïl BOULGAKOV, Le Maître et Marguerite, 1940. Poche Laffont, 2013. 

Paru pour la première fois en 1966, Le Maître et Marguerite bouleversa le monde littéraire russe. Il renouvelait le genre fantastique, et offrait à travers cette dimension surnaturelle une possibilité de satire de son temps en déjouant la censure. L’histoire se déroule à Moscou. Dans le milieu étriqué et mesquin des bureaucrates et des écrivains officiels arrive un personnage inattendu qui dénonce les hypocrisies : le diable. Le Maître, écrivain anonyme surveillé par les autorités, tente malgré tout d’achever son roman philosophique, récit qui s’intègre dans l’Histoire elle-même. Ainsi passe-t-on de Moscou à Jérusalem, du Maître à Boulgakov, du pouvoir soviétique à Ponce Pilate, le tout dans une étonnante cohérence menée de main de maître par le diable en personne. Écrit sous la Terreur par un homme malade et désespéré, Le Maître et Marguerite a mis vingt-cinq ans pour s’imposer comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature russe. (Site Babelio)

Publications de la diaspora ukrainienne

ÉCHANGES. Revue franco-ukrainienne. Bimestriel. Depuis 1972. Revue de la diaspora ukrainienne en France. Rédigée en français. Une mine d’informations sur l’actualité de l’Ukraine, la vie de la diaspora. On peut la consulter à la bibliothèque ukrainienne Petlioura à Paris

BULLETIN Franco-ukrainien. (Bibliothèque ukrainienne Petlioura à Paris)

« L’Ukraine existe-t-elle ? »

Alexandra GOUJON. « L’Ukraine existe-t-elle ? », in Revue l’Histoire, février 2005. Propos recueillis par Daniel Brémond. Un article qui aura bientôt 12 ans mais qui offre un panorama clair sur ce qu’il faut savoir de l’histoire de l’Ukraine et de ses problèmes actuels.

L’Ukraine : quelle identité?

François de JABRUN. Les incertitudes de l’identité ukrainienne. (Copyright 2008-François de Jabrun/diploweb.com) Point de vue intéressant d’un militaire Chef de bataillon, ce Mémoire de géopolitique de 31 pages a été rédigé dans le cadre du séminaire : « Les questions identitaires dans les équilibres internationaux ». Il retrace les grandes étapes de l’histoire de l’Ukraine et explique les sources des grands problèmes rencontrés lors de la création d’une nation ukrainienne.

Un article lumineux

Anna COLIN LEBEDEV. Revue Études mars 2015. Les Ukrainiens au tournant de l’histoire européenne. Article lumineux. Les événements dramatiques de 2014 ont contribué à faire connaître l’Ukraine en Occident. L’analyse du phénomène « Maïdan » révèle les divisions du pays mais aussi un sentiment patriotique partagé. L’auteure explique très clairement la différence essentielle en la Rous’de Kiev et la Russie.

L’identité nouvelle de l’Ukraine…

Benoit VITKINE. Le Monde, 21 février 2015. L’année où les habitants de l’Ukraine sont devenus ukrainiens. L’auteur montre que cette identité nouvelle s’est en grande partie formée « en opposition à ». Elle est avant tout un refus de l’autoritarisme et de la corruption, puis de l’agression russe et du Rousskiï mir (le « monde russe ») proposé par Vladimir Poutine. Mais les profonds mouvements qui traversent la société ukrainienne ne se limitent pas à cela. « Maïdan et la guerre ont contribué à la naissance d’un citoyen ukrainien, estime la sociologue Ioulia Shukan. Des gens actifs, engagés, qui se reconnaissent entre eux au-delà des différences ethniques ou linguistiques, et prêts à s’organiser par eux-mêmes pour pallier les déficiences de l’Etat. »

Le problème de la corruption…

Veronika DORMAN, envoyée spéciale à Kiev. A Kiev, une délicate lustration. Journal Libération, 5 mars 2014. Oligarques, magistrats, forces de l’ordre… l’épuration ne doit cibler que les personnes impliquées dans les crimes et la corruption lorsque Viktor Ianoukovitch était au pouvoir.

L’Europe s’informe sur l’Ukraine

Volodymyr VIATROVYTCH, Commission des Affaires Européennes, XIV° législature. Compte rendu n° 136, mercredi 4 juin 2014. L’auteur répond aux questions de commissaires européens. La décommunisation est-elle définitive ? – Oui. Que veulent les séparatistes de l’Est ? – Ce terme de « séparatistes » est inapproprié car les mouvements actuels à l’est et au sud de l’Ukraine ne sont pas internes, mais suscités de l’extérieur, par des agitateurs des services russes. Ils sont soutenus par une partie de la population qui ne souhaite vivre ni en Ukraine ni en Russie, mais revenir à l’Union soviétique…

Une indispensable décommunisation…

Volodymyr VIATROVYTCH, interview du 3 novembre 2014. Site Ukraine Crisis, propos recueillis par Adrien Jaulmes. Monsieur Viatrovytch analyse la crise actuelle d’un point de vue historique : le problème vient de ce que la décommunisation de l’Ukraine n’a pas eu lieu, particulièrement dans le Donbass.

Hold-up sur le passé !

Daniel BEAUVOIS, « Les Russes ont capté l’héritage de l’Ukraine à leur profit », Libération, 11 décembre 2004 (interview de Véronique Soulé). Daniel Beauvois, historien spécialiste de l’Ukraine et de la Pologne, explique comment la Russie, en faisant de Kiev son berceau national, a réécrit l’histoire pour refuser à l’Ukraine son identité propre et distincte.

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