Cinq Zinnias (extraits)

– J’étais en 4ᵉ, justement ta classe, Léo, j’avais treize ans comme toi. La prof de géographie était une jeune femme brune très mince, au nez un peu pointu mais aux grands yeux noirs, pleins de bonté. Avec elle, j’apprenais mes leçons, rien que pour voir dans son regard cet encouragement attentionné quand je les récitais. L’URSS était au programme.

– C’est quoi, Lursse, Mamie ?

– L’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, Lucie. Donc, on parlait des peuples slaves. Dans ma poitrine, mon sang était en crue. Je devais être rouge comme une cerise, avec une énorme envie de dire : « Je suis de ce peuple ! », et aussi une énorme peur, peut-être même une sorte de honte, à l’idée d’entendre ma voix proférer un tel secret.

– Un secret… murmure Lucie.

– Oui, un secret, car la souffrance de ses parents ne se divulgue pas. C’est alors que la voix de ma voisine s’est élevée, elle a dit devant toute la classe, en me désignant : « Madame, elle, elle est ukrainienne ».

– Ouah ! Tu devais être très en colère contre elle, Mamie, s’indigne Léo.

– Non. Pas en colère. Plutôt… abasourdie. Autant par ses paroles que par la sensation d’être toujours en vie, tranquillement assise sur ma chaise. Tous les regards convergeaient vers moi, les yeux de la prof étaient remplis de curiosité et de bienveillance. Elle a dit : « Oui, avec ses petites nattes, elle est tout à fait ukrainienne ». Je n’ai jamais oublié. Je ne sais pas si vous comprenez…

– Ben oui, s’exclame Lucie en s’installant sur les genoux de Natalie, c’est bien pour ça que tu me fais des petites nattes tous les matins, hein ! Allez, Mamie, parle-nous encore de Maroussia. Est-ce que tu as une photo de sa maison là-bas en Ukraine?

– Rien, mes chéris, aucune photo de la maison de Tite et Irina, ses parents. Et je ne peux rien vous en dire non plus, parce que Maroussia ne m’a jamais vraiment parlé de son enfance.

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7 réflexions au sujet de « Cinq Zinnias (extraits) »

  1. Le calme de cette maison provençale, les rires et les jeux des enfants n’empêchent pas d’échanger sur des choses graves, en revenant en permanence à l’ici et maintenant du bonheur, à la vie qui continue…
    claude marie

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  2. Je m’appelle Louis. Je suis né le 7 juin. Pour mes seize ans, mon grand-père m’offert un livre : « Cinq Zinnias pour mon inconnu ». Au Lycée, je préfère les maths, et puis, l’an prochain, c’est le bac de Français… alors j’ai quand même lu le livre, et je dois dire que j’ai plutôt bien aimé !
    Ça parle de l’URSS – et ça m’a rappelé ce que j’avais appris en histoire sur la « guerre froide » l’an dernier en classe de seconde – mais j’ai appris plein de choses sur l’histoire de l’Ukraine que je ne connaissais pas. J’ai retrouvé aussi des choses que je connaissais déjà sur l’actualité de l’Ukraine.
    J’ai bien aimé la description de la maison et du jardin avec les oliviers, la piscine… Les moments de la vie quotidienne, quand les personnages font la cuisine par exemple, sont faciles à lire, mais j’ai dû me concentrer pour suivre l’histoire quand le récit change d’époque !
    Dans le livre, il y a des passages enfantins et ça contraste avec les passages qui concernent la guerre, la violence qui sont plutôt pour les adultes. La fin est assez émouvante : j’ai bien aimé l’enquête que Natalie mène pour retrouver son passé, et aussi quand elle retrouve Konstantin, même si on découvre alors des choses très tristes… c’est vraiment touchant.
    J’ai découvert ce qu’était la vie des exilés, Maroussia et Zinovij ont été très courageux, j’ai bien aimé quand la petite fille cachée sous la table écoute les histoires tragiques sur la famine en Ukraine. J’ai bien senti alors comment les populations ont été martyrisées par le régime soviétique.
    À quoi ça sert, un roman ? J’ai trouvé que c’est bien de transmettre les souvenirs, c’est nécessaire même. Sans transmission, il y perte. Il faut garder le souvenir de Konstantin parce que c’est un brave homme. Il pardonne à son bourreau. C’est bien… mais des fois, ça ne suffit pas, il faut agir autrement…

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  3. Enfin un très beau livre sur l’Ukraine. Le livre qui sort en France, écrit par une Française. Je dis « enfin » car on connait très peu de choses sur l’Ukraine en France. Il y a tellement de préjugés, de confusion avec la Russie, de doute, de soupçon, de méfiance… L’Ukraine… Ce pays de l’Europe de l’Est, la terre de jolies femmes, ex-colonie de la Russie tsarine et l’URSS. Voici ce que les Français ont appris sur ce pays. Enfin un ouvrage sur la vérité ! Je remercie l’auteur pour ce mélange du passé et du présent : début XX et début XXI. L’histoire se répète, le combat continu. Une histoire familiale très émouvante qui se fond dans la géopolitique difficile et obscure. Je remercie l’auteur pour l’exactitude des faits historiques, des dates, des noms, des chiffres de victimes. Tout cela j’ai appris à l’école ukrainienne entre 1993 et 2003. J’ai de la chance de grandir dans un pays déjà indépendant et d’apprendre mon histoire en ukrainien – ma langue natale. Mais lire ces faits historiques dans un roman ce n’est pas pareil que de les apprendre de manuel scolaire. C’était comme écouter mon grand-père sur l’ Holodomor, sur le Terreur et la Seconde Guerre, sur le régime bolchévique et surtout, sur la traque continue des patriotes… C’est comme se sentir l’un des membres de la famille de Nathalie (héroïne principale). Aussi, j’ai adoré le style du roman. On dirait, il a été écrit par 2 personnes différentes : l’héroïne et l’inconnu. Très belle manipulation du style autobiographique et romanesque. Ça passionne et on ne peut plus fermer le livre jusqu’à la fin. Ce livre c’était comme un cri de douleur et de l’amour en même temps. Je le conseil vivement. Il ne laisse pas indifférent…

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  4. Dans le cadre paisible de cette maison provençale, l’histoire commence avec pudeur. C’est un livre qui se savoure, qui se respire mais qui dépeint si bien cette réalité. J’ai retrouvé tant de choses liées à l’histoire de ma propre famille que je ne peux que le recommander à tous mais aussi aux enfants et petits enfants issus d’Ukraine. Nathalie est un personnage touchant qui conte avec douceur aussi bien l’amour que la souffrance. Un style que j’apprécie et un livre que je garde et dans lequel parfois je me replonge comme pour aller chercher encore plus loin les émotions si bien exprimées.

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