Cinq zinnias ont fleuri à la Cadière d’Azur

A peine arrivée dans la salle, je suis vivement abordée par cet homme aux cheveux gris. Visiblement ému, il tient mon livre à la main : – C’est vous qui avez écrit cette histoire ? Il me raconte d’une seule traite la vie de ses parents émigrés ukrainiens qui ne lui ont jamais parlé de leur passé, maintenant c’est trop tard, il dit qu’il n’a pas eu la même chance que moi… Vraiment, s’agit-il de « chance », ou simplement de désir et de persévérance ?

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Ce 4 novembre 2016 à la Cadière d’Azur, le groupe de lecture Un Livre au Village présidé par Danielle Joyon a accueilli deux auteurs de romans. La recette de l’entrée exceptionnelle payante, sera versée au Téléthon. J’ai pris la parole après la sympathique Dominique Bruno, et j’ai commencé à présenter Cinq zinnias pour mon inconnu en lisant quelques extraits…

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Maïdan n’a pas laissé de véritable souvenir dans les esprits. L’Ukraine ? Bien des gens ne savent pas où elle se situe. On me demande aussi de définir « l’âme slave ». Quelqu’un affirme que Kiev est le « berceau de la sainte Russie »… alors, mon sang ne fait qu’un tour ! Je révèle la captation d’héritage perpétrée par la Russie, je décris la Russ de Kyiv, seul grand état des Slaves orientaux, civilisation florissante à une époque où Moscou n’existait pas ! J’explique la différence entre le mot Russ et le mot Russie. Je précise que ce n’est que vers 1475 que l’on peut parler du rassemblement des terres soumises à la Moscovie…

Entre plainte et cri, une voix m’interpelle…

…du fond de la salle, une femme s’est levée et, penchée en avant, elle tend le bras vers moi, elle parle d’un souffle saccadé, tout le monde la regarde, elle, elle n’a pas eu cette chance-là, elle ! Que faire quand personne ne vous a parlé, quand le père polonais est mort sans rien dire, et que la mère non plus n’a pas parlé, la mère, allemande… « On parlait chez moi allemand et polonais, j’ai jamais su pourquoi. Maintenant, c’est trop tard. »

Intriguée, recueillie la salle écoute en silence. Il me faut réconforter cette femme : avec des dates, des noms de personne et de lieux, elle peut faire des recherches : « Aujourd’hui, il y a des archives, lancez-vous ! Cherchez ! – Je ne peux pas, me rétorque-elle presque agressive ».

La femme s’est affaissée sur sa chaise. J’ai compris que cette femme n’avait reçu aucun affect, heureux ou malheureux, aucune confidence qui eût pu nourrir son désir. Le silence de ses parents n’avait creusé en elle que du vide.

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À la fin, j’ai signé des dédicaces…

On m’a remerciée. Les gens m’ont dit que jamais à l’école on ne leur avait parlé de l’Ukraine. De la Russie, oui, et de l’URSS, beaucoup ! Mais de l’Ukraine…Voilà, entre autres raisons, pourquoi j’ai écrit et j’aime présenter Cinq Zinnias pour mon inconnu.

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